“Tout finit afin que tout recom­mence, tout meurt afin que tout vive.“
Jean Henri Fabre (1823–1915), ento­mol­o­giste français

Ainsi écrivais-je, sans autres expli­ca­tions, il y a six jours dans un “statut” en ligne.

Il y a une semaine exacte­ment, le 11 jan­vier 2012, mon épouse Cécile et moi-même appre­nions le décès de son père et de mon men­tor: le pro­fesseur Willy Matthey. En tant que nat­u­ral­iste et ento­mol­o­giste, les cycles de la vie fai­saient bien sûr part inté­grante de ses nom­breux intérêts. C’est pourquoi cette cita­tion de Fabre, un savant qu’il admi­rait beau­coup, tout comme Dar­win ou Agas­siz, nous a paru adap­tée à son faire-part.

Le pro­fesseur Matthey s’est éteint pais­i­ble­ment à son domi­cile, à Fontaines (Neuchâ­tel), pen­dant son som­meil, après avoir tra­vaillé jusqu’au dernier moment avec et sur ses adorés insectes. Le fait que, bien qu’il était entré dans 83ème année, son décès nous ait tous sur­pris est un témoignage fort et reten­tis­sant de sa vital­ité et de la vigueur intel­lectuelle qui l’a accom­pa­gné jusqu’à ses derniers jours. Nous avions encore fêté Noël tous ensem­ble et, juste quelques jours aupar­a­vant, lui-même et son épouse avaient célébré leurs noces d’émeraude (40 ans de mariage).

Tout cela est bien sûr, en quelque sorte, une con­so­la­tion. Mais le vide laissé par Willy Matthey auprès de son épouse Francine, de sa fille Cécile et aussi auprès de moi-même sem­ble sans fond. Il était (que ce passé est douloureux à écrire!) véri­ta­ble­ment un per­son­nage plus grand que nature.

Les obsèques ont eu lieu lundi passé, 16 jan­vier, à Cof­frane, dans l’intimité de la famille et de quelques proches.

 Willy Matthey, Dr ès Sci­ences, est Pro­fesseur hon­o­raire de l’Université de Neuchâ­tel. Il y a enseigné l’entomologie, la zoolo­gie du sol, l’écologie ani­male et a dirigé le Lab­o­ra­toire d’Ecologie ani­male et d’Entomologie depuis sa créa­tion jusqu’en 1994. Avec ses col­lab­o­ra­teurs, il a étudié l’écologie des arthro­podes dans les tour­bières jurassi­ennes et la faune du sol des prin­ci­paux milieux prairi­als naturels et cul­tivés de Suisse.Willy Matthey a présidé la Com­mis­sion sci­en­tifique du Parc national suisse. Il est mem­bre d’honneur de la Société ento­mologique suisse.

Ainsi le décrit sa fiche d’auteur auprès des Presses poly­tech­niques et uni­ver­si­taires roman­des (PPUR). C’est un bon début pour retracer sa car­rière. Et par­ler du pro­fesseur Matthey, c’est un peu par­ler de sa car­rière: sa pro­fes­sion était sa pas­sion, et vice-versa. Dif­fi­cile de résumer une vie (et une car­rière donc) aussi bien remplie…

Willy Matthey (à gauche) lors d’une excur­sion au Papil­io­rama organ­isée par la SNSN en 2005

Né le 21 août 1929 à la Chaux-de-Fonds, il a été insti­tu­teur à la Chaux-du-Milieu (il nous a sou­vent raconté ses sou­venirs de l’époque, très dif­férente de celle que nous vivons), puis au col­lège de la Chaux-de-Fonds, par­courant ainsi les divers degrés de l’enseignement jusqu’à devenir Pro­fesseur de sci­ences naturelles à l’Uni­ver­sité de Neuchâ­tel.

L’enseignement a cer­taine­ment été une de ses pas­sions. Il a con­tribué, entre autres, à lancer le cours de for­ma­tion con­tinue ECOFOC de l’Université de Neuchâ­tel, asso­ciant les sci­ences de la terre, les sci­ences humaines et les sci­ences économiques, tout comme un cours d’écologie à l’Université de Neuchâ­tel qui pour la pre­mière fois en Suisse offrait une for­ma­tion véri­ta­ble­ment trans– et inter­dis­ci­plinaire dans cette matière. Il a aussi enseigné dans le cadre de l’Université du Troisième Âge.

Il a été très actif en-dehors de l’enseignement aussi: dans la recherche sci­en­tifique, notam­ment, mais égale­ment au sein de la Société Neuchâteloise de Sci­ences Naturelles (SNSN) (il a entre autres été rédac­teur en chef du bul­letin de pub­li­ca­tions sci­en­tifiques de la SNSN pen­dant de longues années), ou encore en créant en 1985 le Cen­tre Suisse de Car­togra­phie de la Faune (CSCF) à Neuchâ­tel, avec MM. Christophe Dufour, Willy Geiger et Jean-Carlo Pedroli. Il a égale­ment été prési­dent de la Com­mis­sion sci­en­tifique du Parc national suisse et a par­ticipé à de nom­breuses con­férences et pro­jets, notam­ment en créant en 1987 avec d’autres pas­sion­nés de la nature l’Asso­ci­a­tion pour la Sauve­g­arde du Seyon et ses afflu­ents (APSSA). Il compte aussi parmi les fon­da­teurs de la Société neuchateloise d’entomologie et a été actif dans l’Asso­ci­a­tion Neuchâteloise Flore et Nature (ANFN).

Willy Matthey a égale­ment été un auteur pro­lifique. Au sein des pub­li­ca­tions sci­en­tifiques, bien entendu, mais aussi en tant que co-auteur, avec son ami Edouard Della Santa et Claude Wan­nen­macher, du “Manuel pra­tique d’écologie” en 1984 et, plus récem­ment avec Jean-Michel Gobat et Michel Aragno, du “Sol vivant”, un ouvrage de référence à niveau mon­dial sur le sujet dont les trois auteurs avaient achevé en 2010 la 3ème édition.

Nous aime­ri­ons égale­ment rap­peler, Cécile et moi, la patience et la ténac­ité avec laque­lle il par­courait les tour­bières neuchâteloises, qu’il a étudiées pen­dant des dizaines d’années. Cela restera par ailleurs un de nos pro­fonds regrets; toutes ses autres activ­ités ne lui auront finale­ment pas per­mis d’achever ce qu’il désir­ait depuis longtemps, la pub­li­ca­tion d’un ouvrage sur ces mêmes tour­bières qui aurait sûre­ment compté parmi ses oeu­vres majeures.

À un niveau plus per­son­nel, il a égale­ment été un de mes pro­fesseurs. Il aurait été un des mag­is­ter les plus mar­quants de ma for­ma­tion en sci­ences naturelles, mais un hasard de la vie a fait qu’il soit devenu plus que cela. Vers la fin de ma for­ma­tion, j’ai ren­con­tré de manière tout à fait for­tu­ite celle qui serait dev­enue ma femme, et qui se trouve avoir été aussi sa fille.

Ce que finale­ment les mots ne pour­ront pas trans­met­tre, c’est le sou­venir de Willy Matthey que je retiendrai: la véri­ta­ble pas­sion, quasi enfan­tine, qui allumait son regard lorsqu’il tombait sur une espèce par­ti­c­ulière­ment fasci­nante ou rare d’insecte.

Vale, Mag­is­ter. Vous nous manquerez.

 

N.B.: Cette brève bio est un sou­venir, mais en aucun cas com­plète (voire cor­recte dans cer­tains détails). Le cas échéant, elle pourra être mise à jour ultérieurement.

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