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Keep on movin’

Keep on movin’

“Mis­sis­sippi Blues” (France/USA, 1983), réal­isé par Bertrand Tav­ernier et Robert Par­rish(1)

Accom­pa­g­nés d’une équipe légère, deux cinéastes déam­bu­lent le long du Mis­sis­sippi, à la recherche des racines du blues. Tous deux parta­gent cette mytholo­gie du vieux Sud sur lequel plane encore l’ombre de Mark Twain et de William Faulkner. Ce Sud où est apparue l’une des plus belles musiques du monde, une musique née tout à la fois de la vio­lence, de la mis­ère, de la dig­nité et de l’humour.

«Mis­sis­sippi Blues est une balade, explique Bertrand Tav­ernier, une bal­lade dans un pays accroché à son his­toire, à ses racines, à son passé… mais aussi, désireux de bouger, de changer, de boule­verser ses struc­tures et ses préjugés. Un pays mythique pour nous Français: le vieux Sud, le Mis­sis­sippi. Avec l’ami améri­cain Robert Par­rish, et grâce à lui, nous […] sommes entrés dans les “bistrots”, dans les maisons, dans les fer­mes, pour enten­dre les gens, pour capter la musique du Sud […]».

(source: FIFF)

Doc­u­men­taire dans le Delta ou road movie de cinéastes, ren­con­tre de deux réal­isa­teurs ou film musi­cal… Le défaut de «Mis­sis­sippi Blues» est qu’il part un peu dans tous les sens: on a l’impression de voir un film de vacances fait avec les moyens d’un réal­isa­teur de cinéma pro­fes­sion­nel. Cela dit, ce «film de vacances» (avec lequel Tav­ernier sem­ble s’être fait bien plaisir) est agréable à regarder et, surtout, à écouter.

Affiche du film "Mississippi Blues"Le doc­u­men­taire, et le voy­age de l’équipe de tour­nage, com­men­cent à Oxford, Mis­sis­sippi, autour de la tombe de William Faulkner. Bertrand Tav­ernier s’est rendu dans le Sud des États-Unis afin d’y ren­con­trer Robert Par­rish, co-réalisateur de ce doc­u­men­taire mais surtout acteur, mon­teur de John Ford et Robert Rossen et réal­isa­teur («Mis­sis­sippi Blues» sera son dernier crédit en tant que tel, d’ailleurs).

Nous suiv­ons, de manière quelque peu désor­don­née, les sou­venirs d’enfance de Par­rish, entre-mêlés de séances de questions-réponses avec Tav­ernier: «Le meilleur film sur le Sud a été réal­isé par un homme du Sud… de la France, Renoir. Le film s’appelle d’ailleurs ‘L’Homme du Sud’.» Suiv­ront un (long) seg­ment sur les spir­i­tu­als et gospels chan­tés dans les églises et un départ «on the road» le long de cette colonne vertébrale de la musique noire améri­caine que fut la Route 61, baignée par les eaux du puis­sant Mississippi.

C’est, à mon goût du moins, le seg­ment le plus fort de ce film: les arrêts le long de la route, la musique enreg­istrée lors de «bœufs» impro­visés, le coif­feur jouant de l’harmonica tan­dis que son client (Tav­ernier, en l’occurrence) se détend sous les linges imprégnés d’eau chaude.

Photo extraite du film "Mississippi Blues"Dans un «slum», un blues impro­visé sur la France et les Champs-Elysées, jamais vus mais imag­inés, par des ouvri­ers au chô­mage per­ma­nent. Le regard hanté de ces paumés tra­verse l’écran, pour nous hap­per dans le gouf­fre de leur dés­espoir. Le con­traste avec la non­cha­lance affichée de «Gate­mouth» Moore, ancien blues-man devenu révérend, ou la sévérité de bon aloi de l’ouvrier joueur de pipeau de la fin du film en est que plus saisissante.

Un des pro­tag­o­nistes du film met le doigt sur le cœur de la ques­tion pour ces com­mu­nautés noires du Sud: «Com­ment changer leur vie sans per­dre leur cul­ture? Il s’agit de trou­ver un équili­bre dif­fi­cile». Un quart de siè­cle plus tard, cet équili­bre est tou­jours aussi dif­fi­cile à trouver.

Bref, mal­gré quelques longueurs, si vous êtes pas­sionné par le blues ou les spir­i­tu­als «Mis­sis­sippi Blues» est à voir surtout pour sa très bonne musique, inclu­ant des per­les que vous n’aurez jamais l’occasion d’entendre ailleurs. Et aussi pour son por­trait d’un Sud des États-Unis qui, comme l’affirme le titre d’un spir­i­tual, mal­gré tout con­tinue de bouger: «keeps on movin’».

Extrait

httpv://www.youtube.com/watch?v=__Gnjy23E0o


  1. Ce film a été présenté dans le cadre du Panorama «Black Note», lors de la 25ème édi­tion du Fes­ti­val Inter­na­tional de Films de Fri­bourg (FIFF) en 2011. []
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Beaux voyages, Capitaine Cook!

James Cook et la Découverte du Pacifique

Certes, il s’agit d’un cat­a­logue d’exposition, mais “James Cook et la Décou­verte du Paci­fique” est un de ces mag­nifiques cat­a­logues qui en imposent, débor­dant de pho­togra­phies, d’essais et de descrip­tions de tout ce que l’exposition offrait au point d’en faire un ouvrage de référence à part entière.

Parlons-en de l’exposition James Cook: elle a encore cours jusqu’au 13 février 2011 au Musée His­torique de Berne, alors si vous passez par la ville fédérale profites-en! Elle vaut vrai­ment le détour.

Mise sur pied par trois musées (à Bonn, Vienne et Berne), elle présente les trois grands voy­ages du Cap­i­taine James Cook avec une pléthore d’objets et de “curiosités des Mers du Sud” tous les plus splen­dides les uns que les autres. Réu­nis, et sou­vent exposés pour la pre­mière fois, pen­den­tifs en pierre, mas­sues fine­ment sculp­tées, man­teaux de plumes hawaïens par­faite­ment con­servés et d’une beauté à vous couper le souf­fle, paniers et pagnes tressés avec du lemon-grass…

Sont égale­ment présen­tés des objets de la vie quo­ti­di­enne à bord (la plaque de soupe séchée illus­tre bien com­bien ces expédi­tions s’apparentaient à l’exploration spa­tiale pour l’époque), ainsi que des spéci­mens botaniques et zoologiques et des splen­dides illus­tra­tions des artistes et nat­u­ral­istes de bord, dont la pre­mière illus­tra­tion con­nue d’un kangourou.

La vit­rine la plus sai­sis­sante de l’exposition dédiée à James Cook présente tout sim­ple­ment deux globes ter­restres, avec le Pôle Sud vers le haut afin de présen­ter l’hémisphère mérid­ional. Mais si le pre­mier des globes présent le monde tel qu’il était connu peu avant les voy­ages de Cook (un hémis­phère sud pour l’essentiel vide, blanc: hoc sunt dra­cones, avec juste un brin de côte nord-australienne inclus), le deux­ième illus­tre toutes les con­nais­sances ramenées par ce marin et car­tographe d’exception: le monde pra­tique­ment tel que nous le con­nais­sons aujourd’hui, d’où les zones blanches ont presque entière­ment dis­paru. Incroy­able de réaliser à quel point un seul homme (avec ses équipages) a pu changer la vision du monde…

La plu­part de ces objets sont uniques, car de nom­breuses cul­tures du Paci­fique ont dis­paru depuis , par­fois aussi en con­séquence de l’ouverture des routes mar­itimes de la part de Cook. Le cap­i­taine était d’ailleurs con­scient des change­ments qu’il ame­nait, à en juger par ses écrits, et ils ont peut-être aussi con­tribué à sa mort vio­lente sur les côtes d’Hawaï, rapi­de­ment entrée dans les légen­des aussi bien locale que britannique.

Si vous avez raté l’exposition, le cat­a­logue est un splen­dide ouvrage qui, s’il ne pourra vous fournir l’émotion des objets réels, inclut une foi­son d’informations pré­cieuses et d’analyses qui ne se con­tentent pas pour une fois d’approfondir cer­tains aspects de l’exposition, mais parvi­en­nent à vous la faire revivre page après page.

À con­seiller absol­u­ment à toute per­sonne fascinée par James Cook ou par les beaux voy­ages dans le temps et à tra­vers le globe.

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Panne fatale

Ce n’est qu’un jeu… Un jeu inno­cent qui a été pro­posé à Alfredo Traps par son hôte. Traps est en effet blo­qué par une bête panne dans ce petit bourg au milieu de nulle part, une panne qui a immo­bil­isé sa rugis­sante Stude­baker rouge dont il est si fier. Il s’est vu donc con­traint à chercher un loge­ment de for­tune, et un vieux mon­sieur bien gen­til lui a pro­posé de passer la nuit chez lui. Il l’a même invité à se join­dre à ses amis, avec lesquels ils s’apprêtait à passer une excel­lente soirée.

Une propo­si­tion anodine survient lors de ce dîner somptueux et abon­dam­ment arrosé. Alfredo Traps voudrait-il par­ticiper à un jeu? Les qua­tre vieux amis, un juge, un pro­cureur, un avo­cat et un bour­reau tous à la retraite, s’amusent en effet à recon­stituer des procès célèbres ou non lors de leurs soirées. Pourquoi pas n’effectuer le procès de Traps lui-même? Amusé, il accepte. Après tout, il a une vie tout à fait nor­male, rien à se reprocher…

Mais si on y regarde de plus près, n’avons-nous pas tous un petit quelque-chose à nous reprocher?

Le texte acide et noir comme de l’encre de Dür­ren­matt sur la cul­pa­bil­ité reste tou­jours aussi vivant 55 ans après sa pre­mière pub­li­ca­tion. La pièce présen­tée à Nuithonie en ce jan­vier 2011 a pris le parti d’adapter la ver­sion radio­phonique de la nou­velle orig­i­nale, mais le mécan­isme infer­nal dans lequel vient de met­tre le doigt Alfredo Traps n’en garde pas moins toute sa saveur cru­elle et sans appel. “La Panne” est prob­a­ble­ment le texte le plus kafkaïen de Dür­ren­matt (com­ment ne pas penser au “Procès”?)

La pièce présen­tée à Nuithonie est savoureuse: le trio judi­ci­aire (273 ans à eux trois, cha­peau les acteurs!) est dérangeant et cro­quant à souhait, Traps s’effiloche petit à petit sous nos yeux avec un réal­isme remar­quable, le bour­reau est une incon­nue inquié­tante, une présence lourde à l’arrière-plan qui nous main­tiens con­stam­ment en éveil.

S’il n’y a rien à dire sur le texte orig­inel ni sur la mise en scène dans son ensem­ble, la pièce souf­fre de quelques longueurs dans son rythme. Si les pre­mières longues pauses lors du repas parvi­en­nent à nous met­tre mal à l’aise tout comme l’infortuné Traps, au bout de la troisième fois leur répéti­tion devient las­sante et nuit à la flu­id­ité de la pièce, pour­tant mer­veilleuse­ment servie par les acteurs. Quant aux décors, c’est peut-être le point le moins réussi de cette adap­ta­tion: s’ils étaient pen­sés pour sus­citer un sens de claus­tro­pho­bie, de fer­me­ture, c’est raté, et en éloignant par trop les acteurs de l’avant-scène ils desser­vent la pièce. Dom­mage, mais pas fatal. Pour être hon­nête, il me faut aussi noter que cette fer­me­ture des décors en une “scène dans la scène” est peut-être aussi due à des raisons tech­niques, liées à la scène finale…

Bref, allez voir ou relisez “La Panne”: je puis vous assurer que vous aller passer… la plus belle soirée de votre vie!

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Je suis WikiLeaks

Ce texte est un bil­let d’opinion et exprime mon humeur per­son­nelle et sub­jec­tive: en aucun cas il ne peut, ni doit être inter­prété comme une opin­ion partagée par mes employeurs ou mon entourage, ni comme une posi­tion offi­cielle liée à mon tra­vail ou mes proches.

La Troisième Guerre Mon­di­ale sera une guerre glob­ale de l’information, sans aucune dis­tinc­tion entre par­tic­i­pants civils et mil­i­taires.(1)Mar­shall McLuhan (1911–1980)

WikiLeaks: "Synonyme de liberté d'expression"

Je dois l’admettre: j’étais partagé à pro­pos de Wik­iLeaks. Jusqu’à cette fin de semaine, en tous cas…

D’une part, fasciné par tout ce qui touche à la com­mu­ni­ca­tion et aux médias, je trouve la mon­tée en influ­ence rapide et les effets  de Wik­iLeaks très intéres­sants à suivre et à observer. La réac­tion des médias eux-mêmes après chaque “fuite” est cap­ti­vante, et en ce sens Wik­iLeaks représente un véri­ta­ble révéla­teur des posi­tions et opin­ions d’un jour­nal ou d’une chaîne de radio/télévision.

D’autre part, alors que Wik­iLeaks offre bien plus de con­tenu que cela(2),  sa page d’accueil met en avant quasi-exclusivement des “fuites” con­tre les États-Unis, lais­sant sup­poser un agenda tout sauf neu­tre et objec­tif. De plus, et j’admets sans peine que c’est un point totale­ment sub­jec­tif, j’ai beau­coup de peine avec la fig­ure de Julian Assange, le “vis­age pub­lic” du site lanceur d’alertes. Apparem­ment assez van­i­teux, cer­taine­ment para­noïaque, franc-parleur et out­re­cuidant, le per­son­nage me dérange quelque-peu: jusqu’à quel point est-il objec­tif? N’influence-t-il pas la “rédac­tion” de Wik­iLeaks outre mesure avec son agenda per­son­nel? On pour­rait aussi se deman­der pourquoi le site a besoin d’un tel “vis­age pub­lic”: Wik­iLeaks pour­rait fonc­tion­ner égale­ment de manière anonyme, ou avec un “vis­age pub­lic” col­lec­tif, par exem­ple. Enfin, pour un site qui prêche la trans­parence, Wik­iLeaks en manque sin­gulière­ment sur cer­tains points. Par exem­ple, Isabelle Otto a posé une ques­tion importante:

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Nous pou­vons espérer quelques éclair­cisse­ments à ce sujet pour bien­tôt, mais en atten­dant cer­tains points impor­tants con­cer­nant le fonc­tion­nement du site restent dans l’ombre.

Jusqu’à ce jour je réser­vais donc mon opin­ion sur Wik­iLeaks, tout en obser­vant avec intérêt les sec­ousses que ses révéla­tions ont pro­duites, en par­ti­c­ulier depuis le début de cette année. La dernière en date: le 22 novem­bre, Wik­iLeaks a com­mencé à pub­lier des “câbles” (mes­sages) diplo­ma­tiques con­fi­den­tiels (“cable­gate”). Les ondes de choc con­séquentes à cette “fuite” sont encore en cours, il fau­dra encore un peu de temps avant de pou­voir en juger objec­tive­ment les conséquences.

Mais les con­séquences immé­di­ates pour Wik­iLeaks se font déjà lour­de­ment sen­tir. Cette semaine, une série très dérangeante d’évènements s’est enchaînée. Quelques points, en vrac:

WikiLeaks sous attaqueAu pas­sage, nous remar­querons que (avec l’exception pos­si­ble d’Amazon, util­isé seule­ment depuis le 29 novem­bre) tous ces sites et ser­vices n’ont rien trouvé à redire sur le “non-respect des con­di­tions d’utilisation” de la part de Wik­iLeaks aupar­a­vant. Il est tout de même frap­pant de con­stater que toutes ces inter­rup­tions de ser­vice inter­vi­en­nent après les inter­ven­tions mus­clées du séna­teur Joseph Lieber­man, qui se pré­pare à intro­duire une loi spé­ci­fique­ment axée con­tre Wik­iLeaks, mais qui pour­rait avoir des con­séquences pour tous les médias américains..

Tant que des entre­prises privées déci­dent d’interrompre des ser­vices ou de met­tre fin à des con­trats, que ce soit ou non suite à des pres­sions poli­tiques dif­fi­ciles, voire impos­si­bles, à prou­ver, cela reste une affaire entre elles et leurs clients. Mais d’autres événe­ments sont plus inquiétants:

Bref: Wik­iLeaks est en fuite dans le cybere­space. La ques­tion de fond la plus inquié­tante con­cer­nant ces derniers points est que nous assis­tons à une con­damna­tion poli­tique de Wik­iLeaks, et non pas juridique.

Le Net inter­prète la cen­sure comme un dégât et se réa­chem­ine autour d’elle.(3)John Gilmore(4)

Les réac­tions en faveur de Wik­iLeaks n’ont, elles non plus, pas tardé à se faire sen­tir. De la manière la plus remar­quable sur Twit­ter, qui sem­ble être parmi les très rares sites ne pli­ant pas aux pres­sions con­tre Wik­iLeaks. Ainsi,  John Perry Bar­low(5) exprime tout haut ce que cer­tains pensent désor­mais tout bas et n’hésite pas à par­ler de “info-guerre”:

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Des politi­ciens aussi com­men­cent à inter­venir en défense de la lib­erté d’expression si chère aux Améri­cains. Notam­ment le séna­teur Ron Paul:

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Des listes de miroirs et de domaines alter­nat­ifs sont pub­liées à tour de bras en divers endroits sur la toile (faisant s’exclamer Xeni Jardin:“Man, it’s DeCSS all over again.”)(6). Une liste offi­cielle de miroirs a entre-temps fait son apparition.

Diverses voix se sont élevées en faveur de Wik­iLeaks: “Like It or Not, Wik­iLeaks is a Media Entity” (GigaOm), “Wik­iLeaks serves the global com­mu­nity by keep­ing gov­ern­ments in check” (The Tech, le jour­nal du Mass­a­chu­setts Insti­tute of  Tech­nol­ogy), “The Shame­ful Attacks on Julian Assange” (The Atlantic), “Dig­i­tal McCarthy­ism” (The Hindu), et j’en passe…(7)

La demande a été posée par la BBC: est-ce que les “fuites” ont véri­ta­ble­ment mis en péril des vies humaines?

Même sur le quasi-oublié Freenet des copies des fichiers de Wik­iLeaks sont apparues. Ainsi que sur d’innombrables sites d’échange de fichiers P2P, comme de bien entendu.

La réac­tion la plus forte est venue de Reporters sans Fron­tières, avec leur con­damna­tion sans ambages “Wik­iLeaks traqué?”.(8)

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Assange (ou WikiLeaks?) baillonné (couverture du Time du 12 déc. 2010)En somme, les réac­tions dis­pro­por­tion­nées de la part de cer­tains milieux et groupes améri­cains indiquent bien que Wik­iLeaks dérange. Il en faut pas plus dans les milieux de la cyber­cul­ture pour que des réac­tions de défense émer­gent: de nos jours, l’internet est tout autant com­posé des machines que des réac­tions des util­isa­teurs, et ce dernier point a peut-être été quelque peu sous-estimé…

Mais pour en revenir à mes mou­tons, je par­lais plus tôt de la con­damna­tion poli­tique et non pas juridique de Wik­iLeaks. Hors, ce n’est pas aux politi­ciens de con­damner un site ou un média au silence. C’est bel et bien aux juges. Sinon, nous nous trou­vons face à une censure.

Et c’est là que la bal­ance bas­cule en ce qui me con­cerne. Car, comme le fait remar­quer le (encore une fois) très per­ti­nent John Perry Barlow:

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Le fil de la cen­sure est extrême­ment dan­gereux. Lais­sez faire une fois les ciseaux d’Anastasie, vous créerez un précé­dent très périlleux. C’est pourquoi, en cette fin de semaine de la Saint-Nicolas, j’ai mis de côté cer­taines dif­férences d’opinion avec Wik­iLeaks et cer­taines antipathies envers son porte-parole Julian Assange et je prends égale­ment parti.

Face à cette sit­u­a­tion qui est en train de glisser dan­gereuse­ment hors de con­trôle, il est temps pour toutes celles et tous ceux qui croient encore en la force des mots et des idées, en l’importance de la lib­erté d’expression de dire ensem­ble: “Nous sommes Wik­iLeaks” et d’agir en con­séquence: car les mots ne sont qu’un début.

Je suis Wik­iLeaks.

httpv://www.youtube.com/watch?v=-8h_v_our_Q


  1. World War III will be a global infor­ma­tion war with no divi­sion between civil­ian and mil­i­tary par­tic­i­pa­tion.” []
  2. voici égale­ment une archive com­pressée des “fuites” []
  3. The Net inter­prets cen­sor­ship as dam­age and routes around it.” []
  4. un des fon­da­teurs de la Elec­tronic Fron­tier Foun­da­tion []
  5. un autre des fon­da­teurs de l’EFF, il sait donc de quoi il parle []
  6. expli­ca­tion pour les plus jeunes; voyez aussi ceci: voilà com­ment nous nous bat­tions dans le temps ;) … []
  7. on attend encore une réac­tion décidée de la part des grands acteurs, comme The Guardian, qui ont pub­lié en détail les fichiers du “cable­gate” []
  8. que je vous con­seille vive­ment de lire! []
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Un monde haut en couleurs (pour qui peut les voir)

Shades of Grey: The Road to High Saffron

Après la lit­téra­ture et les livres, les con­tes de fées et les romans policiers, voici que l’OVNI Jasper Fforde s’attaque aux couleurs et aux dystopies: c’est goûtu, c’est inat­tendu, c’est du Fforde!

Que se passerait-il si George Orwell ren­con­trait un pein­tre fou, et les deux iraient rejoin­dre Dou­glas Adams et Aldous Hux­ley pour un thé chez les fous aussi  noir que les cauchemars d’un laman­tin dépres­sif? Prob­a­ble­ment, il en ressor­ti­rait une his­toire sem­blable à ce «Nuances de Gris», pre­mier tome d’une série (une trilo­gie?) qui promet.

Dans un futur  issu des cen­dres d’une cat­a­stro­phe que l’on nomme plus qu’à demi-mots, votre statut dans le monde est décidé une fois pour toutes à votre matu­rité par les couleurs que vous êtes capa­ble de percevoir. Toute la prémice du roman est là: des Gris achro­ma­tiques en bas de l’échelle aux Pour­pres dom­i­nants (voire même aux Ultra-violets), la palette des couleurs est trans­for­mée par l’auteur en une palette sociale fort bien observée.

You are beautifulMais ce monde dans lequel Eddie Rus­set, le pro­tag­o­niste, évolue n’a pas tou­jours été ainsi. Des traces et des allu­sions nous font com­pren­dre que sous la sur­face des choses une his­toire bien plus com­plexe se cache. Hélas, dans une société où le rôle de cha­cun est fixé pour toute sa vie dès sa jeunesse, la curiosité et l’exploration ne peu­vent que men­acer l’ordre établi. Et Eddie Rus­set va ainsi attirer sur lui l’attention dan­gereuse de ceux qui ont le plus à per­dre de ses enquêtes…

Bientôt le printemps...Dans cette nou­velle série, Fforde sem­ble se don­ner le temps de dévelop­per son his­toire sur un rythme plus lent. Ce qui ne veut pas dire que ce livre manque de rebondisse­ments, bien au con­traire! Mais en tant que lecteurs, nous avons aussi le temps de nous pren­dre d’affection pour son per­son­nage prin­ci­pal _et_ ceux qui l’entourent, d’être intrigués par ce monde par­ti­c­ulier, d’avoir envie d’en appren­dre un peu plus et, finale­ment, par éprou­ver un pince­ment au cœur sur le coup de théâtre final. Ce qui n’était pas tou­jours le cas, il faut bien le dire, avec les séries précé­dentes de Thurs­day Next ou de la Nurs­ery Crime Division.

Bref, ce roman est bourré d’humour, sa trame est ryth­mée et dynamique, l’histoire est une explo­sion de fan­taisie. Un livre tout en… nuances de gris, mais qui fera l’effet d’une explo­sion d’arc-en-ciel dans votre tête.

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La chaude nuit de l’inspecteur Blacksad

L'enfer, le silence (Blacksad, tome 4)Après les albums noir, blanc et rouge, voici l’album bleu. Si les auteurs de Black­sad don­nent dans le mono­chro­ma­tique pour leurs cou­ver­tures, leurs his­toires sont elles bar­i­olées de per­son­nages hauts en couleurs. Mais ne vous inquiétez pas: cet album est bel et bien teinté d’une couleur dom­i­nante: un noir aussi pro­fond que le pire de vos cauchemars.

Pour qui con­naît déjà la série, inutile de pré­ciser com­bien le graphisme de Black­sad est soigné et fouillé dans les détails. Ce tra­vail d’horloger se retrouve aussi dans ce qua­trième tome, tout comme la richesse du monde dans lequel évolu­ent les per­son­nages, ainsi que les car­ac­tères cro­qués à mer­veille, avec leurs attrib­uts ani­maux tombant tou­jours très juste.

Si l’on pou­vait faire un reproche à la série «Black­sad», ce n’est pas tant au niveau de l’interprétation graphique qu’à celui du scé­nario. Ce dernier n’est de loin pas mau­vais, mais il tend à se tenir un peu en retrait par rap­port au dessin. Autrement dit: si, en prenant pour la pre­mière fois en main un tome de «Black­sad», vous vous atten­dez à un bon roman policier bien ficelé, vous allez être déçu-e. Par con­tre, les atmo­sphères, les ten­sions, les non-dits sont extrême­ment bien soulignés: en ce sens, le scé­nar­iste a ten­dance à s’effacer par rap­port au monde visuel très «film noir» dans lequel évolue Blacksad.

À mon goût, l’album le plus abouti à ce jour restait le deux­ième: «Arc­tic Nation». Et par l’histoire racon­tée, et par l’implication per­son­nelle de John Black­sad(1). Il mar­que aussi un tour­nant dans la série, par l’apparition (plus ou moins appré­ciée selon les lecteurs) de son acolyte à l’hygiène dou­teuse, Weekly.

Nous retrou­vons d’ailleurs Weekly aussi dans cet album, il sem­ble donc s’être défini­tive­ment imposé aux côtés du détec­tive privé. Il ne tiens par ailleurs pas un trop grand rôle dans ce tome, ce qui devrait le ren­dre plus sup­port­able aux plus réfrac­taires(2).

Dans la chaleur de la nuit (1967)Surtout, nous retrou­vons un monde très «cinéma» qui n’est pas sans rap­peler les atmo­sphères suf­fo­cantes de «Dans la chaleur de la nuit»(3), de Nor­man Jew­i­son. Sans vouloir trop révéler l’intrigue, l’action se situe dans la «Big Easy», la ville de La Nouvelle-Orléans, suf­fo­cante, noyée dans les miasmes des bay­ous et la folie de Mardi-Gras.

On avait déjà pu remar­quer un goût cer­tain des auteurs pour la musique dans les albums précé­dents de «Black­sad» (chaque tome ayant au moins une chan­son lui ser­vant de «bande sonore»). Ici, elle joue un rôle plus impor­tant, on dira même prin­ci­pal: et comme nous sommes à La Nouvelle-Orléans, il ne peut s’agir d’autre chose que du jazz!

Au risque d’un aparté per­son­nel, je dois ici pré­ciser un biais per­son­nel en faveur de cet album: ayant vis­ité moi-même La Nouvelle-Orléans il y a une ving­taine d’années, j’ai été ébahi de con­stater à quel point l’atmosphère très par­ti­c­ulière de cette ville est ren­due de manière vivante dans les pages de «L’Enfer, le silence». Le con­traste entre les quartiers d’affaires mod­ernes avec leurs gratte-ciels de verre et d’acier et le «Vieux Carré» aux bal­cons en fer forgé sur les façades colo­niales, la foule et les néons la nuit qui coulent lan­goureuse­ment dans les rues baignées de musique, les trams, si sur­prenants aux États-Unis, qui brin­que­ba­lent sur des rails recou­verts de hautes herbes, la déca­dence baroque du défile du Mardi-Gras et ses excès sans lim­ites. Mais aussi sont lot de tragédies, ses pau­vres et ses damnées… J’ignore si les auteurs ont fait un voy­age en Louisiane en guise de pré­paratif à l’album, mais si ce n’est pas le cas, je peux vous dire une chose: ils ont bien pré­paré leur leçons, car l’on s’y croirait!

Le Vieux Carré, à La Nouvelle Orléans

Ceci dit, je crois voir d’ici un des prin­ci­paux reproches que les afi­ciona­dos de la pre­mière heure de la série trou­veront à faire à cet album. À nou­veau, en espérant ne pas en révéler trop: un cer­tain élé­ment fan­tas­tique fait son appari­tion pour la pre­mière fois dans la série. Pour­tant, celui-ci s’intègre à la per­fec­tion dans ce monde baigné de mys­ti­cisme et de cris d’alligators: le vau­dou n’est jamais bien loin de la vie quo­ti­di­enne en Louisiane, surtout dans cer­tains milieux soci­aux. Et vous avez beau être l’esprit le plus cartésien qui soit, ce fan­tas­tique imprègne à tel point toute la cul­ture locale que vous ne pou­vez pas ne pas en tenir compte afin de com­pren­dre les habi­tants. Il ne s’agit donc pas à mes yeux d’une rup­ture de style par rap­port au genre «film noir» de la série, mais d’une inclu­sion de l’état d’esprit local si par­ti­c­ulier. Et en y regar­dant de plus près, les auteurs lais­sent très habile­ment la porte ouverte à toute inter­pré­ta­tion: rêve, hal­lu­ci­na­tion ou réal­ité, c’est en défini­tive à nous, lecteurs, de choisir, cha­cun pour soi.

Bref, après un album qui m’avait un brin moins ent­hou­si­asmé («Âme Rouge»), je retrouve ici avec délec­ta­tion un Black­sad au som­met de sa forme… Et décou­vre qu’il a d’excellentes références lit­téraires pour un américain!

Si «L’Enfer, le silence» obtient pour le moment seule­ment une note de 4.5, c’est que j’attends de le relire une ou deux fois encore avant de m’arrêter sur une note défini­tive. À chaque relec­ture des albums, en effet, je décou­vre de nou­veaux petits détails sur les toiles de fond qui en rehaussent toute la saveur. Et c’est là un des meilleurs com­pli­ments que je puisse faire à Díaz Canales et Guarnido: ils créent un monde où l’on a envie de rep­longer, afin de décou­vrir ce qui se cache der­rière le coin des cases…

La Nouvelle Orléans


  1. poignante scène finale []
  2. dont je ne fais pas par­tie — je regrette juste que depuis son appari­tion un cer­tain ton «hard-boiled» se soit perdu, puisque les mono­logues intérieurs du chat-détective se sont trans­for­més le plus sou­vent en dia­logues avec son bras-droit fouine []
  3. entre par­en­thèses, le titre de cette cri­tique fait référence à la tra­duc­tion ital­i­enne de ce film: «La calda notte dell’ispettore Tibbs» — honni soit donc qui mal y pense, et toute cette sorte de choses… []
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Une BD à l’européenne venant d’outre-Atlantique

Une mag­nifique sur­prise m’attendait en ren­trant du boulot hier soir:

The Abominable Charles Christopher

La décou­verte BD pour 2010 en ce qui me con­cerne! “L’Abominable Charles Christo­pher” fait par­tie de ces trop rares étoiles qui par­fois appa­rais­sent à l’improviste dans mon fir­ma­ment per­son­nel de la BD et qui, dès les pre­miers instants, bril­lent plus que toutes les autres. En quelques min­utes, j’ai senti que l’œuvre du Cana­dien Karl Ker­schl allait sans doute rejoin­dre ses sem­blables (tels “Black­sad” ou “Mon­sieur Mardi-Gras Descen­dres”) sur l’étagère “spé­cial — à traiter avec respect” de notre BD-thèque.

Résumer “L’Abominable Charles Christo­pher” n’est pas tâche aisée. Mélange sub­til et sen­si­ble de comique et de drame, l’histoire (dont cet album cou­vre le pre­mier chapitre) iro­nise sur les tra­vers de notre société, tout en lançant une déc­la­ra­tion d’amour à la nature, elle alterne entre des gags légers, qui fer­ont hurler de rire les pas­sion­nés du monde ani­mal(1), et un fil rouge dont l’‘émotion monte au fil des pages. Vous ver­rez, avant même de vous en être rendu compte vous serez attaché-e aux per­son­nages comme si vous les aviez tou­jours con­nus. Selon l’expression anglo­phone con­sacrée, un “instant clas­sic”… Et pour une foi, elle n’est pas abusée!

Certes, l’original (pub­lié en ligne tous les mer­cre­dis) est en anglais, mais les dia­logues sont élégam­ment min­i­mal­istes et la beauté du trait et des expres­sions des per­son­nages pren­nent facile­ment le dessus. Pour les réfrac­taires abso­lus à l’anglais, cer­taines ban­des ont été traduites en français — mais j’ignore si ce bel effort con­tinue à ce jour: il sem­blerait que la dernière mise à jour remonte à octo­bre 2009, et le fil s’arrête avant la fin du pre­mier chapitre, hélas…(2)

Voici quelques exem­ples (traduits en français) qui devraient vous per­me­t­tre de vous faire une meilleure idée:

Bisou

Bisou (tiré de L’Abominable Charles Christo­pher, de Karl Kri­eschl; trad. fr. par Christo­pher Bihoreau)

Un message de nos sponsors...

Un mes­sage de nos spon­sors… (tiré de L’Abominable Charles Christo­pher, de Karl Kri­eschl; trad. fr. par Christo­pher Bihoreau)

Des traces dans la neige

Des traces dans la neige (tiré de L’Abominable Charles Christo­pher, de Karl Kri­eschl; trad. fr. par Christo­pher Bihoreau)

Interprétations

Inter­pré­ta­tions (tiré de L’Abominable Charles Christo­pher, de Karl Kri­eschl; trad. fr. par Christo­pher Bihoreau)

La BD(3) a débuté comme un web­comic, un pro­jet “de détente” pour l’auteur qui est plus connu pour son tra­vail dans des séries de style “super-héros”. Comme sou­vent lorsque le monde ainsi créé est empli de pas­sion et de sens du détail, Karl Ker­schl s’est rapi­de­ment rendu compte que ses per­son­nages com­mençaient à mener leur pro­pre vie, s’écrivant tous seuls.

The Abominable Charles Christopher - Artist drawingLa mise en album s’est faite sous la sur­veil­lance étroite de l’auteur, qui le pub­lie à son compte, et là aussi on sent tout l’amour du tra­vail bien fait. Le vol­ume est splen­dide, en un for­mat légère­ment plus grand que celui habituel des ban­des dess­inées d’outre-Atlantique; tex­turé par un faux daim, avec une impres­sion en creux en cou­ver­ture, il offre une reli­ure solide, un papier lux­ueux et une impres­sion qui met en valeur la finesse du trait de l’illustrateur. On est loin des cahiers mal agrafés qui sont trop sou­vent le lot des pas­sion­nés de comics améri­cains : il s’agit ici d’un vrai livre qui ne dépar­era pas dans une bib­lio­thèque! Un tirage lim­ité a été per­son­nal­isé par l’auteur, et vous pou­vez juger vous-même de l’exigence qu’il met dans sa manière de dessiner

Bref, très chaude­ment recom­mandé même en ver­sion orig­i­nale anglaise, cette BD se dis­tingue net­te­ment du style plus “stu­dio” générale­ment asso­cié aux pro­duc­tions du con­ti­nent améri­cain. Vous ne serez pas étonné-e d’apprendre qu’elle a déjà été nom­mée à deux reprises (en 2008 et en 2010) pour le pres­tigieux Eis­ner Award. Bien joué, M. Kerschl!


  1. et les autres aussi… []
  2. bonne nou­velle, l’auteur de la tra­duc­tion française m’a con­tacté: elle n’est pas arrêtée, juste tem­po­raire­ment inter­rompue []
  3. franche­ment j’hésite à la classer comme “comic” telle­ment son style s’approche de la BD européenne []
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En travaux

Grave… Faites atten­tion à votre tête!

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